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Aider en maths quand on n'y comprend rien soi-même
Par Joan · 18 septembre 2026 · 4 min de lecture

« Moi les maths, j'ai jamais rien compris, alors je peux pas l'aider. » Cette phrase revient tellement souvent que je finis par la voir comme le vrai problème, plus que les mathématiques elles-mêmes.
Elle part d'une confusion. Aider un élève à travailler et savoir résoudre son exercice sont deux choses différentes, et c'est la première qui compte.
La première chose à ne pas faire
Se déclarer nul devant l'enfant. « Je n'ai jamais rien compris aux maths » se transmet immédiatement, surtout dans une matière où l'idée d'un don inné est déjà bien installée.
Un adolescent qui entend qu'on ne comprend rien dans la famille en tire une conclusion logique : c'est génétique, donc inutile d'insister. Il n'a pas tort de raisonner ainsi, il a juste reçu une information fausse.
Reformuler coûte peu et change beaucoup : « je ne me souviens plus de ce chapitre, montre-moi comment tu fais ».
Faire expliquer plutôt qu'expliquer
C'est le levier le plus puissant, et il ne demande aucune connaissance mathématique.
Demandez à l'élève de vous expliquer l'exercice comme si vous n'aviez jamais vu ça. Pas la réponse, la démarche. « Qu'est-ce qu'on te demande de trouver ? Tu pars de quoi ? Pourquoi cette étape avant celle-là ? »
Deux choses se produisent, et les deux sont bonnes. Soit l'élève y arrive, et le fait de verbaliser consolide sa compréhension bien plus qu'un exercice de plus. Soit il bloque en cours de route, et le blocage devient visible, pour lui comme pour vous.
Un élève qui dit « je multiplie par 3 » et à qui on demande pourquoi, et qui répond « je sais pas, on fait toujours comme ça », vient de vous montrer exactement où le cours n'est pas passé.
Les questions qui marchent sans connaître la matière
Aucune de ces questions ne suppose que vous sachiez faire :
- « C'est quel chapitre du cours ? Va me chercher la leçon correspondante. »
- « Il y a un exercice ressemblant qui a été corrigé en classe ? »
- « Quelle est la première étape ? On s'arrête là pour l'instant. »
- « Tu as vérifié ton résultat ? Il te paraît possible ? »
- « Qu'est-ce que tu ne comprends pas, précisément : l'énoncé, ou la méthode ? »
La dernière est décisive. En sixième et en cinquième, une part importante des erreurs en mathématiques ne vient pas des mathématiques, mais de la lecture de l'énoncé. Un enfant qui ne sait pas ce qu'on lui demande ne peut évidemment pas le trouver.
Deux gestes de méthode qui valent pour tout le monde
Le premier : faire relire l'énoncé à voix haute, lentement, en s'arrêtant à chaque information. Beaucoup d'élèves lisent un problème comme un texte, en diagonale, et se lancent sur une impression.
Le second : le cours avant l'exercice, systématiquement. Un adolescent qui attaque ses exercices sans avoir rouvert sa leçon travaille à l'aveugle. Cinq minutes de relecture ciblée épargnent quarante minutes de tâtonnement, et ça, un parent peut l'imposer sans rien connaître au chapitre.
Savoir s'arrêter
Une règle que je donne à toutes les familles : au bout de vingt minutes de blocage, on arrête.
Pas parce que l'effort ne sert à rien, mais parce qu'au-delà, la fatigue et l'énervement prennent le dessus et le peu qui restait de disponible s'évapore. La soirée se termine en conflit, et le lendemain l'élève aborde la matière avec un souvenir désagréable de plus.
Ce qu'on fait à la place : noter la question sur une feuille, et l'élève la pose au professeur le lendemain. C'est une compétence en soi, et beaucoup d'adolescents ne l'ont jamais apprise. Formuler « je n'ai pas compris pourquoi on passe de cette ligne à celle-là » demande un vrai travail, et un enseignant y répond volontiers.
Quand la difficulté est ancienne
Il y a une limite claire à ce qu'un parent peut faire, et elle n'a rien à voir avec son propre niveau.
Les mathématiques s'empilent. Un élève de quatrième qui échoue sur un problème de pourcentages a parfois un trou en sixième, sur les fractions. Aucun accompagnement du soir ne peut remonter ce fil, parce qu'il faudrait identifier la brique manquante, s'arrêter dessus le temps qu'il faut, et remonter ensuite.
C'est exactement le travail que je fais en séance individuelle, et c'est le seul point sur lequel je dirais qu'un regard extérieur est vraiment nécessaire. Pour le reste, faire expliquer, faire relire l'énoncé, arrêter avant l'énervement, un parent qui n'a « jamais rien compris aux maths » fait très bien l'affaire.